Le compromis pour sortir de la crise: Autoriser la BCE a acheter la dette publique des pays dotés d’une “règle d’or”

C’est aujourd’hui une évidence: les investisseurs ont bien plus peur de l’éventualité d’un défaut que d’une éventuelle dépréciation de la monnaie de leur débiteur liée aux interventions d’une banque centrale.
On les comprend : le défaut est soudain, imprévisible, et risque associé presque impossible à quantifier de manière fiable; à l’inverse la dépréciation des monnaies est parfaitement mesurable et relativement lente pour les interventions soigneusement pesées et préparées des banques centrales modernes.
Mais ouvrir en Europe cette possibilité d’achat d’obligations d’Etat par la BCE fait craindre à l’Allemagne de nouveaux épisodes d’hyperinflation: la plupart des démocraties ont une forte tendance clientéliste … les générations à venir n’ayant pas de droit de vote… et seraient tentés de creuser sans fin les dettes.
Pourtant l’achat d’une partie du stock de dette existant par la BCE ne serait pas en soi générateur d’inflation: en effet cette énorme dette existe DEJA, et a déjà donné lieu à une considérable création monétaire par le crédit, qui s’est manifestée notamment par une bulle sur l’immobilier et quasiment tous les biens physiques. En achetant une partie de ce stock de dette pour stabiliser les taux et rassurer, la BCE ne génèrerait aucune inflation supplémentaire, au contraire elle éviterait un “credit crunch” en permettant aux Etats de rouler leur dette.
Il existe un moyen simple de permettre à la BCE de jouer ce rôle de garant du bon fonctionnement du refinancement des Etats, tout en garantissant à l’Allemagne que cela ne permettra pas aux Etats de continuer à s’endetter. Il suffit de n’ouvrir la possibilité, pour la BCE, d’effectuer des achats sur les marchés primaires, que pour les pays ayant adopté la règle d’or de l’équilibre budgétaire.
Ainsi, le stock de dette publique étant stabilisé, l’action de la BCE ne pourrait avoir qu’un rôle de plafonnement des taux (stabilisation), et non pas de faciliter une fuite en avant.
Ce compromis est dur: adopter la règle d’or n’est pas simple même pour la France, et sans doute hors de portée immédiate pour bien des pays européens. Mais nous pensons toutefois qu’adopter un tel changement des traités stopperait net la crise financière: les investisseurs comprendraient vite que pour la France notamment, adopter une règle d’or serait de toutes façons bien moins douloureux que de voir les taux s’envoler. Dès lors, la menace sur la notation de la France serait en quelque sorte bornée, ce qui en retour stabiliserait le FESF. Et les investisseurs se rueraient sur les dettes des grands états européens devenues très attractives.
On obtiendrait, sans doute sans que la BCE débourse un centime, une extinction de la crise financière européenne dont on sortirait par le haut.

Advertisements